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Avenue des poètes

  Le devoir de le dire  

Comment nous rendre compte de ce que nous sommes si ce n’est pas le regard des autres qui nous rend ce service ? Comment saurai-je la dimension de l’estime que l’on peut me porter s’il n’y avait ces réactions, celles sans complaisance qui me sont fournies, juste parce que, quelque chose, dans l’exercice de manipulation des mots, j’ai su éveillé un quelconque interet.

FemmeRien ne nous oblige à réagir mais nous refusons de ne pas avertir l’auteur que ce qu’il pense a un écho en nous. On appellera cela, l’échange, surtout quand le message n’est livré, ni pour vendre une lessive, ni pour quérir une voix dans une élection. Le verbe quand il sert l’expression d’un ressenti est pareil aux odeurs que l’on traverse dans les allées d’un jardin. Certains parfums peuvent nous retenir ou d’autres, au contraire, nous poussent à hater le pas. Ce n’est ni de la magie, ni un talent particulier car la matière dont je me sers est commune à tout le monde. Tout est dans le regard que nous portons sur les autres et sur nous-mêmes. La crainte du ridicule, dit-on, est la mère des lâchetés. Dans ce monde qui se voit viril, la moindre allusion à ce qui se remue dans les entrailles est une atteinte à cette image du mâle dans toute sa splendeur. La poésie n’est appréciée que quand c’est un autre qui la déclame. Dire je t’aime relève de l’effort insupportable et avouer que le regard dune femme nous ébranle n’est acceptable que quand elle est déjà dans notre lit. Le mâle est resté maître dans notre culture et notre esprit. Un peu comme si étouffer le cerveau primitif nous fait perdre notre raison d’être.

Un homme, sur une avenue à Casablanca est en train de violenter une femme. Les gens accourent pour arrêter le coupable et, au cri de « c’est ma femme ! », tout le monde recule et laisse le crime se perpétrer. Le mariage donne, chez nous, droit de vie ou de mort sur notre campagne. Comme une vache que l’on ramène du souk, on peut la traire, attendre qu’elle mette bas ou la transformer en « khli3 ».

Quand on veut comprendre, la réponse est toujours la même: « Dieu a honoré la femme ! ». Un peu comme si, à sa conception, son sort est jeté: qu’elle accepte l’asservissement à l’homme ou alors elle n’hérite que le mépris. Cela va de la femme, à la trentaine et toujours pas mariée, à la divorcée en passant par celle qui a osé marcher seule dans la rue. Dieu, en l’honorant, ne lui a laissé qu’un seul statut: être l’épouse, docile et obéissante de l’homme, autrement, n’importe quel mâle peut faire d’elle ce qu’il veut.
Au XXI° siecle, nous en sommes, encore, là et tout le monde, il est beau !

Nourr Edine


 

 
Poète: nom masculin du latin poeta, du grec poiêtês, créateur
Auteur, artiste dont les œuvres touchent vivement la sensibilité et l'imagination par des qualités esthétiques.
Personne qui considère la réalité à travers un idéalisme chimérique.

De la misère

12189921Dans cette campagne profonde, les maisons en pisé se pressaient, un peu comme pour lutter contre le froid. Des chiens rachitiques furetaient dans les ordures pour trouver quelques miettes. L'ombre du puits veillait sur le silence et la vie semblait s'écouler doucement. Une porte branlante s'ouvrit et une jeune femme, dans la fleur de l'âge sortit, presque en courant. Elle se dirigea vers ce qui ressemblait à une étable, s'engouffra dans l'obscurité et s'arrêta, dos au mur. Elle haletait et son cœur battait la chamade. Les yeux fermés, elle se remémora ce qui venait de se passer, entre la cuisine sombre et la salle de vie. 
L'homme l'avait retenue par le bras et, surprise, elle ne comprit pas sur le moment. Elle sentit sa respiration sur son cou et quand sa main lui prit un sein, elle avait perdu toute conscience de ce qui se passait. Il avait passé son bras derrière elle, la retenant par la taille et de l'autre main, il avait, presque, déchiré sa robe pour s'emparer de sa poitrine. Acculée au mur, elle ne pouvait ni crier et provoquer un scandale, encore moins résister, tant la volupté qui l'envahissait était forte et réelle. Il la serra tellement qu'elle fut surprise par tant d'excitation de cet homme que tout le monde respectait. A la fois intriguée et fière, elle ne comprenait pas ce qu'il lui voulait et pourquoi elle ?
Bien sûr, de printemps en printemps, son corps s'affirmait et le regard des hommes du village devenait insistant au point que son père lui interdisait de se promener seule.
Pendant que l'homme s'évertuait à vouloir caresser tout son corps, elle se mit à calculer les conséquences soit pour le repousser et faire un scandale, soit se laisser faire et ignorer ce que serait la suite. Il avait l'âge de son père, marié à trois femmes et l'ainée de ses enfants était de sa génération. 
Au moment où ses deux seins étaient découverts, elle le revit entrer sous le regard admiratif de tous les membres de sa famille. Quand il arrivait, c'était toujours la fête. Sa mère s'ingéniait à lui concocter les plats qu'il aimait. Son père, en l'accueillant, s'inclinait comme saisi par peur de ne pas être à la hauteur. Tout le village lui devait quelque chose, l'un acquitté de l'impôt grâce à sa grande fortune, l'autre comptait sur lui pour un deuil ou un mariage.
Elle sentit les lèvres titiller un téton, elle rejeta sa tête en arrière et se demanda si ce n'était pas pour elle, qu'il préférait sa famille aux autres. Il y a deux ou trois printemps, elle avait remarqué qu'il ne la quittait plus du regard. Cela la flattait tout en suscitant en elle, à la fois fierté, curiosité et peur. Elle s'était, même, l'été dernier, mise à deviner sur quelle partie de son corps, son regard s'attardait et, dame nature lui souffla les poses à adopter ou la robe à mettre pour être mieux et plus admirée. Ce soir, elle comprit que ses regards n'étaient pas aussi innocents que ceux de celui qui reste, le souffle coupé, devant un paysage grandiose. Il était l'expression animal du mâle dans toute sa splendeur. Elle sentit le cordon qui lui servait de ceinture, tomber et les mains s'enhardissaient vers des parties, de plus en plus, intimes.
Était-elle le prix à payer pour que le bétail, grâce à lui, ne manquera pas pas d'avoine ? Qu'arriverait-il si elle repoussait quand elle sait que sa famille lui devait l'argent qu'il avait glissé à son père quand il fallait reconstruire l'étable et améliorer le puits en profondeur ?
Pic0002Soudain, comme frappé par la foudre, l'homme s'immobilisa et tout en la retenant contre lui, il fureta dans sa poche et elle sentit dans sa main une liasse de papier. Il s'assura qu'elle l'avait prise et, doucement, il se détacha d'elle et s'en alla. Elle se rendit compte qu'elle avait été coupable de s'être laissée faire mais surtout, coupable d'être devenue une femme attirante. Si dans les feuillons, à la télévision, c'était un atout, chez elle, c'était une catastrophe. Elle sortit à la lumière de la lune, dans la cour et inspecta ce qu'il lui avait glissé, c'était une liasse de billets bleues. Elle les glissa dans son corsage et se mit à courir vers l'extérieur.
Depuis cette nuit, les visites s’étaient multipliées et les grâces tombaient. A chaque fois, il fallait trouver une occasion pour reprendre là où le désir s'était arrêté, à chaque fois, il osait toujours plus et à chaque fois, la liasse de billets bleues s'étoffait jusqu'à cette nuit où il lui murmura: "Ce soir, quand tout le monde sera endormi, je t'attendrai dans l'étable" tout en pressant son sein abandonné.
Ce qui devait arriver, arriva et quand, des semaines plus tard, elle eut des nausées, elle lui annonça la nouvelle. Il se figea et prit conscience du problème. La suite, ce sont des soirées de pleurs et d'insultes jusqu'au jour où le père arriva, le visage rayonnant et tenant une grande enveloppe dans les mains. Il entraina sa femme, dehors et lui remit l'enveloppe. En revenant devant ses enfants, seul le ventre proéminent de leur fille gâchait la joie d'être à l'abri du besoin. Un peu comme celui qui devient millionnaire quand l'assurance lui paie la mort de son fils dans un accident de voiture ou le jeune djihadiste qui s'explose, convaincu que ses commanditaires allaient faire sortir sa famille de la misère.
Viol, enfants nés sous X, prostitution ou kamikaze, le fléau qui nait de la misère est insupportable et rien ne peut l'éradiquer sauf, peut être, une instruction forcée et obligatoire et surtout, un réel partage des richesses, dans un pays où la solidarité doit être le ciment qui lie ses citoyens.

Nourr Edine © 

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Irrévérence

A la voir marcher,
l’œil s'écarquille
pour mieux aider la mémoire
à graver la volupté
le long des fibres profondes.
A la voir parler
les lèvres tremblent
le baiser devient appétit
haleine de jasmin
qui s’exalte en parfum
Dans les souffles qui se confondent
A la voir respirer
le cœur au rythme régulier
s'emporte et se hâte
accélère le sang
chauffe les paumes qui s'impatientent
Regard perdu
dans la fragilité d'un ventre
qui frémit doucement.
Grâce douce
d'une rondeur discrète
ou courbe pleine
qui frise l'insolence,
Univers de beauté
piédestal trop bas
pour le regard qui louche
vers les nuages
par crainte d'être ébloui.
Comment ne pas voir
dans la crinière en rivière
la femelle impatiente ?
Comment faire semblant
quand l'esprit dessine
dans l'imaginaire
des volutes de volupté ?
Je meurs,
vaincu par la colère
quand j'entends l'insulte
à la hanche qui s'insurge
contre le mâle envahisseur.

NOURR Edine ©                    

L'orphelin

Quand dans l’inconnu de mon adolescence, j’avais besoin d’une main, dans mes cheveux, juste pour rassurer les rêves que je fabriquais. Où étiez-vous quand, dans la misère de mon inexpérience, je cherchais les mots qui pouvaient me guider ? Quand j’avais besoin d’être écouté pour, simplement, comprendre, vos mots d’adultes, quand j’accueillais, seul, le sommeil, le soir, à une éternité du sein maternel, quand j’inventais mes repas sans savoir à quoi servaient le poivre et le sel obligatoires, quand il me fallait apprendre à vivre et survivre avec pour seule ressource, des biscuits de voyageur, trempés dans le lait en poudre américain,
Où étiez-vous pour venir, aujourd'hui, réclamer un peu de moi, un peu du rêve que j’ai inventé dans le silence de votre pitoyable indifférence ? Où aurai-je été si j’avais écouté vos mots, fabriqués pour faire bonne figure auprès de ceux qui me refusaient la liberté de penser juste parce qu’ils n’avaient pas pu lire leur envie d’être ? 
Savez-vous qu'au moment où vous vous consumiez dans les verbiages inutiles, juste pour passer le temps, mon esprit essayait, lui, d'apprendre le verbe et les sens qu'il est capable d'exprimer. Quand vous vous régaliez, autour des repas chauds qui vous unissait en famille, je faisais la queue pour un plateau inoxydable, aussi froid que votre absence et que je ne savais pas toujours ce que je mangeais. Si, hier, vous n'aviez pas compris la raison de mon exil volontaire, c'est un peu pourquoi, aujourd'hui, vous découvrez ce qui me rend différent de vous, aujourd'hui. Bien sûr, cela m'a permit de mieux comprendre les êtres et les choses mais sous mon air satisfait, il y a tant de manque et de vide que, parfois, je me demande si cela valait la peine de lutter. Il est heureux le berger qui n'a jamais quitté sa terre et de sa maigre science des pâturage et du troupeau, il en a fait un univers dont il connait les frontières. Au contraire de mon désarroi devant ce qui me reste à comprendre, au point de penser s'il valait mieux ne pas apprendre. Le bonheur est plus grand chez les gens simples quand ils sont certains que la meilleure manière de vivre est de se contenter de ce qu'on a. J'ai l'habitude de penser que je n'ai rien et que ce que je possède est à moi mais à bien réfléchir, j'ai peut être tout ou presque mais pas l'essentiel !
C'est dans ce trou béant que réside ma douleur. c'est un manque qu'on n'a pas su me donner ou que je n'ai pas su prendre, toujours est-il que je suis comme un voyageur qui a perdu ses papiers, il marche vers le but qu'il s'est assigné mais y arrivera-t-il s'il avait à démontrer son identité ? C'est ce doute qui taraude mon bien être au point que dans les moments les plus heureux, il manque toujours, à mon bonheur, une fenêtre ouverte.
Quand, aujourd'hui, je vous vois arriver, il y a, en moi, comme une colère tant à l'encontre de ce que vous auriez pu faire que de votre attitude à vouloir faire comme si vous n'étiez pas coupables. Coupables de quoi ? Peut être, de vous être immiscés dans ce que je dois être ou votre insolence à me faire croire que le carcan qui vous garde à l'étroit est la meilleure des destinées. Un peu comme si vous me parliez de la liberté sans jamais avoir été libres ! Vous n'aviez aucun droit sur ma vie et vous vous comportiez comme si je devais vous être redevable.

Nourr Edine ©

Kamel daoud1

 

Ma muse

Comme ces êtres qui passent dans votre vie comme un rayon de soleil, comme une odeur qui chatouille vos narines, l'instant d'un soupire, comme une apparition singulière qui ne dure que le moment d'une pensée légère... Elle est venue dans le rêve que je ne contrôle pas, comme une voix à peine audible, entre le chant d'un oiseau inconnu et la plainte lointaine dans la profondeur du printemps. 
Je n'ai gardé de son passage, que le fleuve de cheveux qui cadrait son regard, que la démarche qui vacillait sur les flots de mon imagination. Et pourtant, chaque jour qui passe, je retrouve, un peu d'elle, dans les ombres de la rue que surplombe mon regard. Chaque fois qu'une ligne vient briser mon attention, c'est un peu d'elle que je retrouve comme si elle était la somme, des courbes et des rondeurs, éparpillée sur les beautés inachevées de ma vision quotidienne. Parfois, je me surprends à chercher, entre les volumes envahissants des femmes qui passent, un peu de son allure, à la fois hautaine, altière et arrogante, avec son air de ne pas se savoir belle.
Des fois, j'attends des nuits pour qu'elle se souvienne de son plus fidèle admirateur et des fois, elle est là impressionnante dans sa discrète présence. Invisible à l’œil qui ne sait pas voir et presque insolente quand elle s'en va sans crier gare. Je reste, alors, à ramasser les miettes de son passage comme un pigeon qui a appris à ne pas se fatiguer pour survivre, comme un félin qui n'a jamais connu le grand espace des savanes au pied du Kilimandjaro.
Quand elle daigne me sentir incapable d'être, elle vient vers moi, comme un nuage de voiles diaphanes pour envelopper ma tête et étourdir ma conscience des choses et des êtres. Mon cœur se libère et mon âme se met à chanter, les rares beautés qui ont claqué devant moi et que je n'ai pas pu voir. Tout me revient comme une chanson longtemps apprise, oubliée puis reprise. Comme un parfum soudain familier, comme une brise légère sur le flan des jours perdus à ne rien faire. Les mots tombent comme des grêlons froids sur l'asphalte de ma raison brulante.
Longtemps après son départ, je me surprends devant la page blanche devenue grise comme un poète en transe, comme une danseuse infatigable, comme un peintre qui ne veut plus s'arrêter quand le soleil brule son horizon. 
Elle me laisse, alors, les yeux hagards, la langue sèche et l'esprit en ébullition quand je me surprends à chercher un titre à son histoire.
Je me relis, une fois, pour découvrir qu'elle a guidé ma main pour écrire, qu'elle m'a soufflé des verbes envahissants et des phrases interminables qu'il me faut alors apprendre pour attendre son retour.

 

Nourr © (Errances)
(Apollo and the Muses - Helene Knoop)

Commentaires

  • Siham Tahri Magique
  • Radouane Gretaa La vie mérite d'être chanter...par la femme et applaudie par l'homme poète

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