C'est libre que je suis meilleur

Exil / Pauvre / de l’art… / Scène de rue / Soupçon d’amertume

Terre stérile et peuple endormi, le destin est un combat qui se mérite, et à regarder comment ils vivent, on sait déjà qu'il n'en sont pas les maîtres.

Exil

J’ai opté pour l’exil volontaire
dans cette conscience obscure
des apatrides sans plus d’illusions
Etranger sur la terre qui m’a vu naître
je jouerai au touriste qui observe
l’atroce misère devenir tradition.
Je m’étonnerai comme un américain
qui voit les femmes longer le mur
drapées dans leur linceul en épouvantail
Je prendrai des photos souvenirs
des hommes devenus afghans
sans savoir où se trouve Kaboul.
ma vie est morte à force de souffrir
je renais au milieu des mécréants,
la mémoire lavée, le cœur nouveau
J’apprendrai à détourner le regard
des faces hideuses et hypocrites
qui chante le Coran et le hadith
derrière leur viles ambitions.
Ils ont détourné la charité
pour en faire des palais
et c’est avec la sueur des ouvriers
qu’ils se débarbouillent, le soir.
J’opte pour la distance
pour m’éloigner du mensonge
pour ne plus entendre la plainte
des enfants sans hôpitaux.
Je ne verrai plus les immondices
qui dénaturent l’asphalte et le trottoir
et j’écouterai le soir, chanter
sur le toit de ma demeure, là bas,
le chant des hirondelles chassées
par la foule qui murmure
le discours meurtrier appris par cœur.
Patrie illusion et pays perdu
l’hymne sonne comme un glas
qui annonce la fin des illusions.
Quand un peuple se complaît,
les chaines lourdes devenues légères,
dans la peur d’oser et la crainte de mourir
Il ne reste plus de la terre des braves
qu’une basse cour où règnent des coqs
qui s’entre-déchirent et se battent,
oubliant de chanter l’arrivée du jour.
Terre stérile et peuple endormi
le destin est un combat qui se mérite,
et à regarder comment ils vivent,
on sait déjà qu’il n’en sont pas les maîtres.

De l’Art…

Je prendrai des photos souvenirs des hommes devenus afghans sans savoir où se trouve Kaboul.

By NOURR Edine
Derrière son micro, elle trembla un instant le temps de se rappeler de quoi elle devra parler. L’assemblée disparate, devant elle, semblait la fixer avec insistance. Elle se débrouilla pour chasser le stress en relevant une mèche avec ce geste qu’ont les femmes pour rappeler leur féminité. Des regards s’écarquillèrent et des paupières se baissèrent; un peu comme pour mémoriser le geste dans cette partie du cerveau qui contrôlait l’instinct libidinal. Elle savait l’impact de sa présence tant par ce naturel avec lequel elle était femme que par cet apprentissage, légèrement sournois, de l’art d’être femme.
« A quoi sert l’art ? », pensa-t-elle en se rappelant la discussion quelle avait eue avec lui, la veille. Au lieu du discours traditionnel auquel elle avait pensé, il lui avait suggéré de parler de l’art comme d’une discipline obligatoire, une nécessité sociale. Elle se remémora sa phrase, simple et complète quand il lui apprit que « l’art était pour la société, ce que l’âme est pour le corps ». Je me dois de parler des bienfaits d’une éducation esthétique donnée très tôt aux enfants. Se dit-elle. Les rues propres et le civisme bien ancré ne sont-ils pas le fruit de l’apprentissage du beau ? L’absence des matières d’éveil, comme le dessin, la musique ou la danse est bien le premier responsable de cette indigence culturelle. Quand on regarde l’état de notre société, ne sommes-nous pas en droit de nous demander pourquoi sont-ils rares ceux qui embellissent leur seuil avec des pots de fleurs ou des arbres ? D’où nous vient cette tendance au laisser aller ? À cette conviction que ce sont toujours les autres qui sont responsables de l’insalubrité, du manque de propreté et d’hygiène ? Comme les maths ou l’histoire ou la biologie, l’éducation esthétique est cet apprentissage à la base de l’esprit civique et responsable. Quand les responsables installent des bancs publics dans les jardins, se rendent-ils compte que sans éducation, à la fois civique et esthétique, ces espaces sont livrés au vandalisme qui, quand l’instruction vient à faire défaut, est ce qui reste du comportement animal quand l’esprit n’a pas été nourri ?

Soupçon d’amertume

Elle se déchire, en silence,
entre ce qu’elle peut faire
et ce qu’elle aurait dû faire.
Mon âme, dans sa misère simple
n’ose pas croire que le destin
pose, à ses pieds, tant de hasards
quand l’amour vient caresser son sommeil.
Je me réveille, eu sueur,
en pensant qu’hier, j’aurai pu
fermer les yeux, la tête en feu
quand le corps impatient,
venu de loin, pour m’écrire
des caresses voluptueuses,
était à portée de mon vécu
resté, en moi, imaginaire.
j’aurai pu partir en courant,
dépasser la vitesse du son
pour rester debout à apprécier
la beauté danser sur les regards
qui dévoraient sa présence.
Rester assis à l’attendre
pour la voir, enfin, arriver
le regard plein de volupté…
marcher en crissant le gravier
des allées que les fleurs surveillaient,
respirer, à ses côtés, l’air parfumé
et doucement prendre sa main
déposer les plus doux baisers
que mes lèvres savent dessiner.
Nous aurions pris le temps
de rester enlacés au milieu
des bruits des gens et de la rue.
Nous aurions joué, avec grâce,
les amants amoureux, éperdus
ivre de l’autre sans avoir bu.
Diné, parlé et ri sans arrêt.
A la rencontre de la nuit
nous aurions, nous mêmes, fabriqué,
à l’ombre des bougies qui dansent,
des tempêtes de désirs enflammés
Nous aurions appris, au toucher,
comment les cœurs se réveillent
comment la volupté émerge
comment les corps s’abandonnent
dans la chaleur des caresses
quand le temps devient inutile
et que le silence des intimités
n’est dérangé que par le râle
des plaisirs coupables d’innocence.
J’aurai pu comme j’aurai du
murmure la conscience perdue.
Certains destins impossibles
se plaisent à regarder le bonheur
comme une fleur derrière la vitre
belle mais, hélas, inaccessible.

Sculpture BRUNO CATALANO
  • Qu’ont-ils de plus, ces chiens qui savent que la fidélité est le meilleur atout pour vivre en harmonie ?
  • Sont-ils plus intelligents ou est-ce simplement un camouflage de cette reconnaissance qu’ils nourrissent pour l’écuelle quotidienne ?

Au fond, rien n’est gratuit et tout est calculé en fonction de l’ego, narcissique et impitoyable !

Sacrifié par l'étourderie quand elle libère le faux semblant.

Pauvre

Je n’ai rien d’autre
que ce regard brûlant
qui vit derrière les cils.
Il réchauffe mes élans
consume les tristesses
que la rue me procure.
Je n’ai rien d’autre
que le contact d’un épiderme
que ma présence réveille.
Il parle à mon corps qui,
devient océan infini
quand la caresse devient langage
C’est sur lui que j’écris
ma misère devenue fortune
C’est pour lui que mon cœur bat
chaque nuit, encore plus fort.
Je n’ai rien d’autre
que son éclat de rire pour mélodie
sa voix enchante mes fibres profondes,
son sourire est un éclat de Jade
à nul autre pareil !
Je n’ai rien donné en échange,
pourtant ma richesse est grande
car j’ai le bonheur pour habitude
et l’amour pour religion.
L’ivresse qui parfume ma vie
vaut tous les palais d’or et de lumière.
l’odeur de son corps
est un parfum qui garde le secret
des mélanges de joies et de rires.
Je n’ai rien mais tout ce que j’ai est à moi
je sais la valeur des choses
grâce aux messages de ses sourcils
et si demain la vie me joue des tours
j’aurai ma mémoire pour trésor !

© photo NOURR EDine Caen

Vous pouvez laisser votre impression sue le livre d'or.

Scène de rue

Dans la rue, il y a le chien du concierge qui aboie quand il faut dormir. La femme à la voix de baryton qui passe, chaque matin pour réclamer l’aumône obligatoire. Il y a le camion des éboueurs qui, dans le silence de la nuit, transforme le silence en catastrophe naturelle, le bruit des poubelles qu’on martyrise, les éclats de voix qui s’interjettent jusque dans l’intimité des oreillers. Il y a la femme à la croupe envahissante qui aime se sentir regardée. Il y a le regard de l’homme à la barbe grise qui se perd, en sourdine, dans le concert des chaussures à talon qui reviennent du travail. Il y a le faux cadre qui descend de sa voiture, portable à l’oreille et qui inspecte les balcons pour être vu, pour être reconnu. Il y a l’enfant qui s’oublie dans ses pleurs en s’accrochant à sa mère occupée à faire son rapport à la voisine avide de commérages. Il y a les cris des enfants qu’on libère pour s’écouter vivre. Il y a l’imam qui passe comme un fantôme habillé de blanc et qui se gargarise de promesses de prières en promotion pour le vendredi. Il y a l’odeur des tajines qui se brûlent le fond pour s’éclater en odeurs. Le flic passe coincé dans le pouvoir de son uniforme et le facteur qui trie son courrier devant le marchand de pépites en regardant la rue comme une vitrine vivante. Au coin Nord, la terrasse du café ressemble à une salle d’examen où les journaux remplacent la feuille blanche et le garçon qui passe de table en table pour contrôler les verres et les tasses.

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