C'est libre que je suis meilleur

Bizarre / Koun rajel / Le vieil homme et l’Amour

Croyez en ce que vous voulez ou ne croyez en rien, tout en respectant la même liberté pour les autres

Bizarre

Cette tendance à penser que parce que vous défendez l’Islam, vous êtes un islamiste. Vous défendez les relations sexuelles entre adultes consentants hors mariage et vous êtes un habitué des maisons closes. Vous défendez l’homosexualité et vous êtes gay ! Est-ce la peur d’en être contaminé ou est-ce ce trop plein de modernisme qui dépasse, de plus en plus, le radicalisme tolérable.
Je défends les libertés, celles de conscience ou du droit à choisir avec qui et comment on conçoit sa vie privée. Je défends ces milliards d’individus qui vivent bien leur religion sans l’imposer aux autres. On ne peut, parce que cela ne nous convient pas, tirer un trait sur ces cheminements de l’esprit qui ont aboutit à ces communautés qui réussissent à vivre en harmonie.
Ce qui est blâmable, ce sont les débordements et les atteintes aux droits et libertés des autres. Quand un barbu vient essayer de me convaincre qu’il détient la vérité ou qu’un « bobo » tente de me prouver que la spiritualité n’est bonne qu’à endormir les gens. Refuser aux autres ce que nous nous permettons, c’est, déjà, un pas dans une dictature avec une apparence de modernité.
Ce n’est pas parce que nous avons fait des études supérieures ou que nous habitons Manhattan que tout ce qui nous convient est le signe d’une grande maturité de notre esprit. J’ai connu des vieillards qui, sans avoir vécu l’école ou l’université, sont capables de nous éblouir tant avec leur ouverture d’esprit que par la profondeur de leur expérience.

– Papy, tu as vu ma sœur ?
– Oui, pourquoi ?
– Elle est bizarre
– Ah bon ?
– Elle est peut être amoureuse.
– et alors ?
– Cela ne t’étonne pas ?
– Non, c’est le contraire qui m’aurait étonné !

Ceux qui pensent que faire disparaître une religion suffit pour en éradiquer l’influence font un vœu qui ne se réalisera jamais tant que l’homme n’aura pas découvert la vérité sur ce que nous sommes, d’où venons-nous et vers où nous allons ? La spiritualité compense l’incapacité de l’esprit à tout expliquer et si certaines, pour s’installer, utilisent des moyens répréhensibles, c’est à cause de l’ambition dévorante de l’homme à vouloir devenir Dieu.
Toutes les religions se valent à mes yeux et aucune n’est préjudiciable tant qu’elle s’enferme dans cette sphère privée où elle doit être et demeurer. Pour en apprécier les contours, il suffit à chacun, de la comparer à la charte universelle des droits de l’Homme pour n’en conserver que le meilleur.
Croyez en ce que vous voulez ou ne croyez en rien, tout en respectant la même liberté pour les autres, est à mes yeux le meilleur des conseils pour que la dignité de tous et de chacun, ne soit jamais compromise !
A bon entendeur, salut !

Koun rajel

En fait, notre problème est avec cette notion, très répandue et qui nous pourchasse depuis l’enfance. « Sois un homme ! » Un peu comme si, soit qu’il nous manque quelque chose, soit que pour mériter d’être traité comme un « rajel« , il faut le prouver.
Quelque soit le volet abordé, la virilité est omniprésente. Chez le frère qui s’autorise le droit de contrôler sa sœur, jusqu’au voisin qui peut intervenir pour faire de la délation, un acte d’honneur.
Sois un homme ! Si notre sempiternelle hantise de ne pas l’être nous pousse à croire que c’est la force de l’appareil génital qui nous fait « homme ». Nous sommes restés bloqués au stade phallique, quand le petit garçon découvre que la fillette n’a pas comme lui, un appendice visible, parce que interne. Il se prend à faire le concours de celui qui pisse le plus loin possible ou dessine des méandres en marchant. Son outil à la main, il a déjà, un pied dans l’univers des hommes. Ces cavaliers courageux et téméraires, héros des contes de nuit de la grand mère.
Pour ceux qui ne s’attachent pas à développer la pensée et la réflexion ou qui évitent la curiosité, leur principal intérêt reste ce qui fait d’eux, des hommes, même ignorants: leur appareil génital.
Cette fixation peut, en partie, expliquer cette tendance au viol que l’on met sur le compte de la femme-tentatrice comme elle peut donner raison à ceux qui optent pour la polygamie. Au point que le nombre d’épouses servira à évaluer, dans sa tête, ce qui lui manque pour éviter de ne pas être un homme. Les coureurs de jupons ou les abonnés des maisons closes sont autant d’adeptes de cette théorie qui met le sexe au centre.
La femme, objet de désir, si elle est désirée non pour le plaisir de la chaire mais pour son utilité à prouver sa virilité, est là pour permettre au puceau de devenir un homme ! Le premier acte sexuel devient le CAP de la virilité. L’adolescent s’y frotte, s’y essaie et s’entraîne pour franchir le pas et devenir un homme.
Quand, dans toute une société, cette théorie prime sur le reste, la femme n’est jamais considérée comme une citoyenne à part entière. Elle sert et confirme la virilité masculine. Pour ceux qui n’ont pas peur de le dire, même le « hijab » a une odeur de cette virilité débordante car « l’homme » est celui qui contrôle la femme, la soumettant à ses rêves et délires. Cette crainte de perdre sa virilité est si dangereuse, dans sa tête, qu’ils ont inventé des termes (comme dayout) pour désigner ceux qui ont perdu le contrôle. Une insulte à l’encontre de tous ceux qui ont choisi de libérer leur femme.
L’acte de mariage, lui-même, a cette connotation virile quand c’est l’homme, dans le couple qui a le dernier mot. Quand l’adoul-homme se laisse convaincre que dans le divorce, c’est la femme qui a tort ou dans le mariage de mineure, l’homme, toujours lui, sauve la famille de la fille, de la misère ou de déshonneur.


Le vieil homme et l’Amour

Il était là, assis sur la peau du mouton sacrifié à la mémoire d’Abraham. Cette peau traitée sur le bord du fleuve par la femme à la croupe énorme et qui lui servait pour la prière solitaire quand l’œil de la mosquée s’allume pour lui annoncer l’étape du soleil dans le ciel. Il s’abandonnait parfois pour rêver et s’imaginer sur un tapis volant au dessus de la mer noire que formait les têtes des gens qui revenait du souk hebdomadaire.
Le petit enfant, à peine envahi par l’acné de l’adolescence, le regardait avec, dans le regard, une sorte d’ébahissement devant ce visage marqué par le temps, aussi ridé qu’un champ labouré, un jour d’automne. Il aimait ce personnage avec une joie douce et interne pour l’atmosphère qu’il retrouvait en sa compagnie. Les doigts rugueux du vieil homme laissait dans ses cheveux bouclés une sorte de bien être sécurisant, rassurant. Il s’en approcha et comme pour déclencher le départ d’un débit de paroles auquel il l’avait habitué, il posa sa petite main sur l’épaule qui descendait jusqu’au chapelet qui tournait pour alimenter la prière silencieuse. Le vieillard esquissa un sourire, son regard s’illumina quand il reconnut son petit fils, chaire de sa chaire. Petit être audacieux et intelligent et qui l’étonnait, toujours, par ces questions trop lourdes pour sa petite tête.
L’enfant, le regard fixant la réaction de son grand père, murmure quelque chose que l’oreille ne put entendre.
– Oui ? demanda le grand père. L’enfant avala sa salive et répéta sa question:
– C’est quoi l’Amour, grand père ?
– Ho ho ! petit homme, gloussa le vieillard, où as-tu entendu parler de ça ?
– à la télévision, tout à l’heure. expliqua le petit en venant s’asseoir à côté de son grand père.
– Ah ! l’Amour ! « Al Hob », Al gharam, « Al Ichk »… Des centaines de mots pour parler de quelque chose d’indéfinissable.
– Cela veut dire quoi, insista le petit, animé plus par le besoin d’écouter que de comprendre. La voix du vieillard le rassurait et il y retrouvait, à la fois, la force du père et la tendresse de la mère.
– Écoute petit, L’Amour est un sentiment que l’on éprouve pour quelqu’un, pour quelque chose.
– C’est à dire ?
– Tu aimes Papa et Maman ? demanda le vieillard
– Oui mais dans le feuilleton égyptien, tout à l’heure, c’était entre un homme et une femme, pas entre le fils et son père ou sa mère.
– Ah, l’Amour avec un grand « A » ! Celui là est le plus dur, le plus intense et le plus dévastateur. Tu es trop jeune pour comprendre et quand viendra le jour où tu le ressentiras, je ne serai pas là pour te voir.
– Qu’est-ce qui se passe, quand on aime ?
– Le jour où tu te mettras à aimer de cette manière, ta vie va changer, tu vas te sentir plus « homme » que tous les hommes. Ta vie passera de l’enfer au paradis et du paradis à l’enfer, plusieurs fois par jour. Tu apprendras à côtoyer la jalousie et le doute. Tu découvriras le mensonge et la trahison. Le jour, tu consommeras l’impatience et la nuit, tu toucheras le rêve. La vie deviendra une sorte de manège qui change de vitesse, de direction sans que tu ne puisses comprendre. l’obscurité viendra éteindre la lumière quand les mots deviendront incapables de dire ce que ton cœur veut faire comprendre. Tu attendras le bruit des pas qui te torture et tu seras attentif aux mots que tu prononces par crainte de ne pas trop dire ou pas assez.
– C’est bien ou mal d’aimer ? demanda l’enfant, la tête en ébullition.
– Aimer, au fond, c’est vivre mais tout le monde n’aime pas de la même manière: Il y a ceux qui aiment vraiment pour eux-mêmes. Ce sont les plus heureux car ils font de l’Amour le seul objectif de leur vie. Ils ne le montrent qu’à celle ou celui qu’ils aiment. Leur bonheur brûle leurs souffles et réchauffent leur foyer. Ils prennent toutes les précautions pour que leur amour soit préservé, protégé et sauvé de ceux dont le cœur ne connait qu’un seul amour: celui de ceux qui n’aiment qu’eux-mêmes. On n’aime pas pour « paraître » heureux, on aime pour être heureux et parce qu’on est heureux quand on aime. Il y a ceux qui savent aimer et ceux qui font semblant de savoir aimer.
– Et c’est quoi la différence ? demanda l’enfant plus pour voir son grand père continuer que pour vraiment comprendre.
– Ceux qui savent aimer oublient de penser aux autres et à eux-mêmes. Ils ne pensent qu’à rendre heureux celui ou celle qu’ils aiment. Ils tuent leur ego pour le voir renaître comme un ego peur deux et, il y a ceux qui aiment avec maladresse car ils pensent qu’on ne peut cacher le bonheur qu’ils découvrent dans l’Amour. Il s’en vantent, ils le crient et ils le chantent jusqu’à vouloir enseigner l’art d’aimer. Le problème c’est que les gens n’ont pas tous cette envie d’abandonner leur ego et s’ils aiment quelqu’un c’est par conformité de gout.
– c’est à dire ?
– Ils aiment ceux qui les aiment car ils croient que ceux qui les aiment ont du gout, en les aimant, eux.
– Tu sais, grand père: Dans le feuilleton, ce n’est pas ce que tu m’expliques: Les gens s’aiment en pleurant, en souffrant. Si c’est cela, l’Amour, alors je n’aimerais jamais.
– Si tu crois que l’Amour va demander ton avis, tu te trompes. Il viendra en toi sur un regard, une démarche, le son d’une voix ou simplement l’odeur d’une mèche de cheveux. C’est si subtil, si imprévisible que quand tu penses que tu aimes, il est déjà en toi.
– C’est comme un rhume !
– Un rhume, on s’en débarrasse ! L’Amour s’installe en toi, te submerge et te devient si indispensable que ton cœur refusera de battre quand celui que tu aimes est absent ou a disparu. Il deviendra l’air que tu respires, il coulera dans ton sang et remplira ton sommeil de rêve, de crainte et de chaleur. Il t’accompagnera à chaque heure, à chaque seconde que Dieu fait.
– Mais alors, pourquoi souffre-t-on ? murmura l’enfant en posant sa tête sur le genou du grand père.
– On souffre quand celui ou celle que tu aimes ne t’aime pas assez ou t’aime maladroitement. Certaines personnes ne sont pas capables d’abandonner l’idée qu’il est impossible d’aimer quelqu’un plus qu’eux-mêmes. Cela semble les rassurer mais ils ne vivent pas totalement leur amour. Ils ne connaîtront jamais la passion intense, la jouissance profonde et l’exaltation suprême quand on s’abandonne à l’Amour. Le peu de joie qui les touche suffit pour se donner l’apparence d’aimer et d’être aimé. En Amour, il n’y a pas de demi mesure: c’est la loi du « Tout ou rien » qui prévaut et quand on y parvient, les amoureux deviennent des anges qui virevoltent au dessus des têtes vides que l’égoïsme ronge. Ils apaisent leur soif à la rosée du réveil et se contentent de l’arôme des baisers pour apaiser leur faim. Le monde qui les entoure n’est plus que le souvenir d’une fange qui se débat dans l’hypocrisie et le mensonge. Ils vivent dans un univers si propre que le verbe « aimer » est la seule monnaie qui sert leur commerce. Les larmes deviennent des perles de bonheur et les rires, des éclats de lumières. Entre leurs doigts qui s’entremêlent, s’infiltre le courage intense qu’ils ont d’affronter la vie avec courage, avec audace. L’amour devient leur énergie et leur force. Son pouvoir semble leur donner des ailes pour voler au dessus des nuages et quand ils redescendent sur terre, c’est pour répandre la joie de croire que l’Amour c’est TOUT et que tout n’est qu’Amour.
Le vieil homme s’arrêta quand il se rendit compte que le rythme de la respiration de l’enfant était devenu régulier et paisible comme à chaque fois qu’il s’endormait en l’écoutant .


Bravo Nourr Edine, te lire est toujours un vrai plaisir .

Fayçal Guedira

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