C'est libre que je suis meilleur

Que dis-je ? Rêver mon pays / Chronique

La misère devient un test quotidien de leur foi avec la promesse d'une récompense dans l'au delà

Que dis-je ?

Quelle est cette impression qui dort au fond de vous et qui vous fait croire que, quoi qu’il arrive, vous en sortirez indemne ? A bien réfléchir, c’est l’expression de votre stricte respect de ce auquel vous avez droit. La citoyenneté l’exige pour pouvoir distribuer à tous, les mêmes droits et exiger, de chacun, les mêmes devoirs.C’est le principe même de l’égalité. Sans ce principe, la société périclite et se transforme en jungle où seul compte la loi des plus puissants. La puissance peut venir de l’argent, de la force militaire ou de l’imposture religieuse. Ces sources peuvent agir indépendamment l’une de l’autre mais dans la plupart des cas, elles interagissent de manière à ce que chacune préserve ses intérêts. De Pinochet à Khomeini, quand la citoyenneté est gommée, la dictature s’installe. Au chili, elle est militaire, en Iran, elle est religieuse. Dans une dictature, toutes les lois vont dans un sens unique, celui du pouvoir mis en place, la plupart du temps, à la suite d’un coup d’état ou d’une élection truquée. Le droit, dans ces dictatures, n’est pas respecté, il est aux mains de la junte militaire ou des ayatollahs. Sous la pression internationale, ils installent un semblant de démocratie où les valeurs de liberté, d’égalité et de justice sont à la tête du client. L’argent, la force militaire et l’escroquerie religieuse s’allient pour consolider ce pacte du diable qui ignore et écrase le citoyen. En dictature, le but n’est pas d’arriver au pouvoir mais de le garder. Au parlement, on s’achète une majorité, au gouvernement, on construit des alliances économiques. A la justice, on place les magistrats véreux au sommet. Aucun procès n’échappe à leur contrôle et aucune menace n’est à l’abri d’un simulacre de procès pour être réduite au silence. Le pays devient un grand ranch où les propriétaires exploitent des ouvriers sans aucun respect pour leurs droits. On dépêche dans leurs dortoirs, des religieux chargés d’expliquer la volonté divine qui veut qu’il y ait des maîtres et des serviteurs. La misère devient un test quotidien de leur foi avec la promesse d’une récompense dans l’au delà. L’école comme l’hôpital, sont amputés de l’essentiel. Des ouvriers instruits et en bonne santé sont la hantise du pouvoir. Jusqu’à quand ? me dira-t-on. Jusqu’à l’installation de groupes puissants capables de constituer une oligarchie qui dirigerait, en sous main, le pays. Le citoyen est, alors, un locataire sur la terre de ses ancêtres.

Quand la matière donnée est exactement ajustée à un schéma intellectuel préformé qu'elle va rejoindre, quand l'objet correspond à l'idée, nous éprouvons le sentiment, le plaisir de la beauté

Kant Ecrivain

Rêver mon pays,

Étrange, ce souffle qui, au fond de chacun, devient présent dès lors que le nom du pays est murmuré. Étrange cette impression d’être en famille sur une terre chaleureuse avec son soleil, éblouissante par sa nature, envahissante par ses reliefs et ses étendues… On pourrait croire, que chacun, à sa naissance, en respirant la première bouffée d’air, est marqué, à jamais à l’intérieur. Rien ni personne n’arriverait à y effacer un iota car perdue dans les entrailles, entre le foie et le cœur ou simplement glissée dans les méandres du cerveau.
Certains, pourtant, l’ont si profondément enfouie, sous des couches d’ambitions et à la place de leurs scrupules, une seule idée: s’enrichir, à tout prix et par n’importe quel moyen. Le mensonge ne leur fait plus peur et au fond de leur misère interne, ils veulent être roi même d’un minuscule territoire. Roi dans leur tête envahie par cette sagacité bestiale qui fait voir le loup dans leur regard. Devant plus puissant qu’eux, ils deviennent plus servile qu’un paillasson d’hivers, supportant le geste des chaussures qui s’essuient sur leur dos; qu’importe ! Pourvu qu’ils se glissent sous la table aux couverts d’or, recevant, entre les coups de pieds des convives pour qui ils sont invisibles et le froufrou des robes, quelques miettes de ce qui tombent des assiettes en porcelaine de Sèvres payés avec l’impôt non enregistré sur les cahiers citoyens.
D’autres, eux vivent, les pieds dans la fraîcheur des terres arables d’où ils tirent leur subsistance. Ils vivent la rigueur des hivers impitoyables et quand le printemps arrive, leur lait chatouille les narines avec le parfum des fleurs sauvages que la vache préfère. Leurs enfants courent pieds nus entre les chèvres pleines et de la cuisine aux murs noirs de fumée, parvient la voix de la femme qui le soir fait le bonheur du père. Ils ne sont ni heureux ni tristes, ils vivent du pays comme d’un arbre aux fruits mûrs. A chaque dernière prière, le père remercie le Dieu invisible qui semble habiter le toit qui résiste aux bourrasques et aux averses. Ce sont les vrais et premiers habitants du pays et qui, pourtant loin des bruits de la capitale, savent faire sortir la bannière rouge et verte quand le trône fête son anniversaire. Le cheikh viendra prendre l’argent de la fête, ce soir, au village et quand il tournera le dos à la famille, ce don obligatoire devient une aumône faite aux voleurs. Le grand père qui, en a vu plusieurs de ces magouilles coutumières ,crachera par terre comme si cette manie de payer est un devoir que le Roi ignore. A chaque fois, comme toujours, il murmurera: « Le jour où Sidna aura vent de ces vols qualifiés, sa colère s’entendra jusque derrière le Toubkal. Ce jour, j’irai danser sur le tapis volé qui décore le bureau du Caïd et que ma femme a tissé pendant tout un hivers, à la lumière des bougies achetées à Sidi Rahal. » Il restera longtemps à murmurer sa colère dans son coin sombre faute de lumière. On lui apportera l’ustensile pour se laver les mains car chez nous, on ne fait le thé légendaire qu’avec des mains propres et sans odeur.
Chez nous l’air est si pure que le jour du souk, quand on surprend un voleur, nul besoin de le juger, chacun y va de sa colère et quand il arrive à la gendarmerie, c’est la foule qui est coupable de faire justice elle-même. Nos valeurs sont ancestrales et quand rien ne justifie la misère, le partage solidaire remplace les billets et les pièces d’argent impersonnelles. Les inégalités entre nous sont si minces que le riche ne mange jamais seul et parfois l’invité est ce fou qui amuse la grande place et qui emporte en partant, un burnous inutile et le ventre plein de victuailles. Ceux qui ne vivent plus comme nous, pour nous, ont trahi jusqu’à leur mère car notre richesse et nos valeurs sont dans la premiere goutte de lait qui touche nos vierges papilles.


Chronique du Jeudi

Cette fois, je veux disséquer ce faux besoin que nous avons à flirter avec l’hypocrisie et le mensonge. Le pays baigne pourtant dans cet esprit où dire la vérité est la vertu première du parfait croyant. « كل كذبة كدبة, حتي الكديبة كدبة » (Tout mensonge reste un mensonge, même le plus petit mensonge est un mensonge) nous a-t-on répété, jeunes adolescents quand au lycée, on nous apprenait à devenir un bon musulman. Pourtant, partout où on va, le mensonge est omniprésent pour peu qu’on fasse attention à ce qu’on nous raconte. Dans toutes les conversations, un soupçon s’installe dès lors que notre interlocuteur se mette à argumenter. Le mensonge, parce que facile, est un outil qu’il est facile et tentant d’y avoir recours. On ment pour éviter un PV quand l’agent nous épingle à brûler un feu rouge. On ment quand on veut éviter de faire la queue. On ment pour expliquer notre manque de civisme, devant les ordures jetés en dehors de la poubelle. Le fonctionnaire ment pour ne pas faire son travail. On ment quand on demande à son fils d’aller dire au visiteur qu’on n’est pas là… Le mensonge est devenue une culture incontournable depuis que le père parle des méfaits du tabac, avec la cigarette à la main. On peut dresser, à l’infini, les exemples où le mensonge est roi.
Ceci étant dit, si le mensonge prend une grande part dans notre manière de vivre, il en résulte deux comportements qui en font l’arme principale. L’hypocrisie et la manipulation.
L’hypocrisie est le contraire de la sincérité qui revient à exprimer fidèlement et avec bonne foi des sentiments ou pensées, à ne pas confondre avec l’honnêteté qui est au sens strict du terme la tendance à exprimer sans dissimulation tous ses sentiments ou pensées. L’acte de mentir, consciemment pour s’attirer des faveurs ou hypocrisie, est l’attitude morale par laquelle on exprime des sentiments, des opinions que l’on n’a pas ou que l’on n’approuve pas. Cela nous rappelle ces individus qui se sont installés dans une posture d’ange, un peu comme s’ils tutoyaient le bon dieu quand on les écoute haranguer les foules pour désigner le « haram » du « halal » au point que, souvent, ils oublient qu’ils sont des humains. Les exemples d’imams violeurs ou pédophiles témoignent du degré de leur inconscience.
Si l’hypocrisie est une attitude, elle a pour dessein la manipulation. Les hypocrites mentent pour traduire la vérité afin de l’utiliser à leur profit. Ils ne mentent pas, seulement par manque de courage mais pour tromper et atteindre des objectifs qu’ils ne méritent pas.
Mensonge, hypocrisie et manipulation sont intimement liés et quand on regarde autour de nous, on constate qu’il y a beaucoup de ce genre qui s’impose comme un beau parleur, celui qui sait tout et est capable de tout. Il n’écoute pas les autres, il s’écoute parler et va jusqu’à s’applaudir en pensant pouvoir tromper tout le monde. Quand il navigue au milieu d’esprits à horizon limité, il réussit si bien qu’il se retrouve au milieu d’un clan qui, comme par hasard, est, essentiellement, attiré par le monde de la politique. C’est dans cet univers que mensonge, hypocrisie et manipulation deviennent les meilleurs qualités pour être élu.

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