C'est libre que je suis meilleur

Carnet de voyage / Aveugles / A ma mère /

quand il découvre que je viens du Maroc, pays qu’ils confondent avec celui d’Aladin, les yeux s’illuminent et j’y vois, cette volupté rêvée comme un bain au soleil sur le sable brûlant de Merzouga. « Ah, Marrakech »

Carnet de voyage

Que me faudra-t-il retenir quand je m’engouffrerai dans le refuge de mon identité marocaine ? Que me faudra-t-il retenir pour que je puisse harmoniser mon humain avec celui de ceux que le destin a mis sur mon chemin ? Finalement, à bien réfléchir, je ne me suis senti ni « regardé » comme un être étrange venu d’une autre planète, ni un intrus dans leur univers aseptisé, parfois propre, parfois miséreux, encore moins que ce que leurs extrêmes droites stigmatisent pour gagner des voix. Je n’ai rien remarqué qui puisse interpeller mon indignation ou mon mépris. Pour peu que l’individu sache lire et respecter leur manière de vivre, tout se passe comme une lettre à la poste et, mieux, dirai-je, quand il découvre que je viens du Maroc, pays qu’ils confondent avec celui d’Aladin, les yeux s’illuminent et j’y vois, cette volupté rêvée comme un bain au soleil sur le sable brûlant de Merzouga. « Ah, Marrakech » s’exclame l’autre et ses narines semblent frémir aux senteurs de la médina.

Mais il ne faudrait pas que le peuple, la souveraineté populaire dérive de l'islamisme. C'est en bonne voie et ça fait peur car c'est la négation des droits humains et des libertés individuelles au profit d'une caste obscurantiste qui dicte ses lois d'un autre âge.

Veronique Madi

À ce moment, vous êtes un personnage en bermuda et tangues au milieu des parasols d’une carte postale. Tout de suite, l’odeur de la politique s’infiltre et on vous parle des islamistes qui font peur et qui plus est, au pouvoir. La peur devient véritable comme si c’était une maladie contagieuse que vous risquez de leur filer. Il faudra, alors, les rassurer pour parler des marocains qui, bien que musulmans et non islamistes, vivent en toute liberté au milieu des femmes voilées et des barbes couvertes de sourates. On vous cite, alors, le Roi, toujours jeune faisant du shopping avec son épouse et cela fait taire leurs craintes pour enchaîner vers cette folie islamiste qui a détruit des pays entiers. Vous comprenez alors, qu’eux aussi, ne savent rien de ou veulent, tout simplement, ignorer, ces mains invisibles qui dirigent le monde. Comme le plus humble des citoyens marocains, ils n’ont aucune idée des objectifs de ceux qui font et défont l’Histoire et que la seule mais immense différence entre eux et nous est cette conscience du bon vivre ensemble qu’ils apprennent à l’école. La propreté des espaces publics, le respect du choix des autres, ils l’apprennent à l’école. Il n’ont aucun gourou qui les vilipende pour leur monter comment vivre, ils n’ont pas, comme chez nous, ces nouveaux charlatans qui parlent comme s’ils avaient passé leurs vacances avec le prophète. Quand dans la rue, passe une femme voilée, on préfère regarder ailleurs, le spectacle de l’ostentatoire, il y a des siècles qu’ils l’ont éliminé. Leur spiritualité est libre, personnelle et ne concerne que l’individu. Dieu ou pas qu’importe quand on respecte les lois votées par leurs représentants et rien d’autre !
Je parlerai alors de cet âge adulte d’un pays quand rien n’est au dessus du droit, je parlerai, chez nous, de l’usurpation du droit pour en faire un amalgame entre ce qui est toléré, tolérable et intolérable en fonction de la voix du muezzin. Je parlerai, en colère, de cette immixtion du religieux dans le droit et l’impression pour le commun des mortels que nous sommes sous la férule de deux pouvoirs, celui du peuple et celui de Dieu alors qu’il n’y a qu’une et unique souveraineté, celle du peuple, qu’il soit musulman, athée ou agnostique, qu’importe ! Seul le droit compte et pour tous !

À suivre..


Aveugles

Ne voient-ils pas
que dans chacun de ses gestes
il y a tans d’univers fabuleux ?
Remarquent-ils l’éclat
quand le regard devient intelligent ?
Savent-ils écouter le rythme
qu’elle imprime à sa démarche ?
Imaginent-ils les vastes plaines,
les profonds vallons
et le vertigineux relief
qu’elle dessine avec ses points,
ses lignes, ses courbes et ses rondeurs ?
Sentent-ils la douceur de ses mots
quand elle décide de dire je t’aime ?
Aveugles et sourds,
ils passent à côté du miracle
et s’enchantent à vouloir
en faire le feu de leur arrogance.
Ils regardent en cachette
ce qu’ils désirent avec fougue en silence
et s’en vont, haussant les épaules
jusqu’à la prochaine torture !
Au lieu de se reconnaître
dans l’intérêt qu’elle leur porte,
Ils font semblant de ne pas la voir
quand, dans leur entrailles bouillonnantes,
il ne rêvent que d’en faire l’idole
de leur solitude accablante.
Triste mésaventure que celle
de ces ingrats des sens et des êtres.
marmonnant des désirs intenses
qu’ils ne peuvent atteindre,
ils vivent, spectateurs insatisfaits,
bestiale attitude et vaine prétention
pour ceux qui se prétendent
au dessus des vaincus du désir !
Soulevez vos paupières,
Dilatez vos pupilles menacées
par la cataracte de l’orgueil,
Respirez l’odeur des corps qui s’offrent
faites-en le parfum des aubes paresseuses
Posez un baiser sur le galbe d’une épaule
enchevêtrez vos doigts avec la fragile douceur
Regardez-la, droit dans les yeux,
le feu brûlera vos croyances inutiles
quand vous lui direz « je t’aime » !
C’est ainsi qu’on devient adulte,
c’est ainsi qu’on devient un homme,
Son pouvoir n’est pas dans sa force
mais dans la fragilité qu’on lui devine.
Vos larges épaules, pour la protéger
vos plus beaux mots pour la faire faillir
et toute la nuit pour lui inventer un destin.
A l’aube, elle se réveillera pour vous
et vous pour elle comme dans un mariage.


A ma mère

Le granite s’effrite quand le temps, goutte à goutte, finit par l’entamer mais, le souvenir, au fond des pages de la mémoire, demeure indemne quand ce qu’il interpelle a été, beau dans le geste qui taquine les angoisses et, sublime, quand le plaisir d’offrir fait oublier la joie de recevoir. Elle a vécu pour les autres et toute la lumière qu’elle était capable de dégager éclaire, en tous ceux qui l’ont connue, cet humain qui étouffe sous la cupidité ou l’égoïsme.
En face d’elle, le cœur s’étire comme rassasié et l’esprit se contrôle par crainte d’effaroucher en elle, l’amour qu’elle savait épanouir. Elle ne racontait pas d’histoires, elle était l’histoire que l’on aurait plaisir à raconter.
Des années après son départ, à l’ombre de la douceur de ses mains, je sens encore le musc discret qu’elle aimait à me voir lui ramener des ruelles oubliées de la médina de la capitale. Le musc pur et le fruit d’ananas qu’elle savait utiliser pour réveiller le plaisir dans les regards suspendus à sa tendre nature.
Dieu que je loue, a été cruel quand la déchirure qui attend est profonde et qu’il l’afflige sans prévenir mais, à vrai dire, les choses belles sont éphémères, les cœurs vrais, rares et leur souvenir, éternel.
Le mystère est immense quand une absence reste présente et refuse que d’autres puissent s’assoir à sa place. Certaines sont douces, d’autres tendres mais elle, unique et particulière, a donné le vrai sens au lien que rien ne peut rompre, celui-là même qui perpétue le miracle divin.
Chaque année, que dis-je ? Chaque jour, elle se manifeste sans vraiment le vouloir et, de la pincée de poivre ou de sel au sourire indispensable pour vivre, elle passe sans faire de bruit. Un peu comme si, elle remettait de l’ordre dans le tumulte de mes pensées. Un petit caillou qui, sans lui, l’équilibre se rompt et, s’effondre toute la prestance acquise avec l’expérience. Un pieu puissant, enfoncé dans les profondeurs de l’existence, comme pour maintenir droit, mon sens de la foi. C’est en elle que je trouve tout le sens qu’il faut donner à Dieu et, mes prières, chaque pensée qui s’éveille quand quelque chose ou quelqu’un me la rappelle dans les silences de mon intimité.
De sur la tombe où elle se repose au milieu des anges, j’écarte la poussière des pensées malsaines et, un peu comme pour embrasser son ombre, je ferme les yeux, le temps d’une prière, pour la sentir heureuse au panthéon des gens, naturellement, véritables.


Une pépite de mon ami NOURR Edine

Muriel Coré

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