C'est libre que je suis meilleur

L’inconnue / Allo ! / La muse / Quimporte /

L’inconnue

Je ne l’ai vue, qu’une fois et cela a suffit pour que mon cerveau se mette en branle. Il a d’abord fixé et arrangé les détails pour les classer par degré d’attirance, comme un maître artisan. Perdu dans son cheminement dont il ne sait ni la durée, ni même le but. Occupé à tisser le rêve avec des baguettes d’osier ou malaxant le cuir comme pour y trouver la force de pouvoir tout dire. Mon regard s’est vidée, comme épinglé sur une seule image, unique lien qui m’emporte vers la promesse. Je n’ai vu que le contour d’un émerveillement fugace et éphémère et pourtant, comme une fièvre qui s’insinue, en silence, dans les recoins inconnus de mon corps. Comme une ondée invisible, l’impression devient certitude et mes paupières s’abaissent doucement, sur la scène d’un théâtre imaginaire où je deviens le poète et elle, la princesse conquise, penchée de son balcon. J’enjambe la haie qui me sépare du rêve qu’elle habite, belle et souveraine et sous mes pieds nus, l’herbe fraîche me raconte, en crissant, que l’amour est un destin.
M’a-t-elle vu venir, par cette nuit impalpable pour qu’elle s’étire avec tant de langueur que j’ai cru qu’elle allait s’envoler. Lassée d’attendre le plaisir de plaire, elle se morfond dans le silence de ses nuits, seule. J’arrive au pied de ce qui, pour moi, est un piédestal et je lève mes yeux mais, entre ses yeux et les astres du ciel obscure, je confonds les lumières et m’oblige à tâter les branches de la vigne qui serpente son mur. Je me fais léger pour ne pas trahir ma peur de la branche complice qui me guide vers les hauteurs. Je me force à traduire, dans mes gestes, le peu d’élégance qui reste à mon corps et, comme la force vitale qui fait battre mon cœur et meut mes doigts, je me retrouve, sans comprendre, en deçà de son balcon, à quelques centimètres de son doux visage. Quand elle m’aida à sauter près d’elle, le bonheur d’un cœur qui suffoque par amour, la joie qui tétanise un corps tremblant comme une feuille et la promesse tenue d’une félicitée, à peine, entrevue, entre le bruit grisant des pas féminins et le vertige d’une rondeur à peine occultée par la dentelle et combien trahie par le geste envahisseur. Elle était princesse, j’étais serviteur. Le monde devenu invisible, soudain, devint éden de beauté et de parfums. Qui du jasmin ou de la rose, sait faire trembler nos âmes avec autant d’ardeur ? Qui du silence des lieux ou du froid de la nuit, est le royaume de notre destin ?
Je me rendis compte qu’elle n’avait pas lâché ma main et que nos regards se soudaient, se confondaient comme un discours chanté par 2 voix et appris par cœur ! Une lumière s’alluma ! nos cœurs ratèrent un coups. Sa main pressa la mienne. Une voix, une porte qui claque. Comme une sirène d’alarme au loin, la peur m’enveloppa. je fermai les yeux. Le cri strident qui se répète…
Je me réveille en sursaut ! Maudit téléphone !


De derrière tes rideaux, Tu me verras passer et ton cœur battra au rythme de mes pas, tu sauras alors que je porte ta douleur en moi !

Allo !

J’écoutais sa voix
j’imaginais le miracle
comme une musique douce
une symphonie délicieuse..
Le verbe devint magique
et la parole, un rêve.
Le ton danse avec grâce
tantôt voluptueux,
quand elle glousse à mes audaces,
tantôt câlin quand elle respire mieux
aux promesses que je tisse en serment.
Elle parle et m’imagine
à ses chevilles taquinant le désir
ou me raconte sa journée
pour s’imaginer dans mes bras.
Je l’écoute sans vraiment entendre
les pensées qu’elle me dessinent
me projettent dans un univers
parfum de baisers
odeurs de fleurs
fraîcheur de source claire
et chant de rossignols.
Mes pieds foulent l’herbe humide
je baisse la tête sous l’ombre
des feuillages qui chantent.
J’entre dans une clairière
que rien ne perturbe
sauf le soleil qui réchauffe
Pissenlits et coquelicots
insectes timides, moineaux tremblant.
Elle me secoue et me réveille
quand elle décrit sa solitude
la voix sent la larme qui hésite
le timbre comme une prière
pour m’inviter à venir
rejoindre ses nuits, sans moi,
devenues froides et lugubres.
l’oreille chaude et rouge
quand le smartphone
s’éloigna de mon tympan !

La muse

Comme une fleur qui s’arrache à l’ombre pour le rayon du soleil, comme un insecte qui tremble devant la rose qui s’incline sous le poids de son parfum, comme une chanson fredonnée, solfège élevé, comme un hymne à la grâce des bras qui s’étirent, une ombre bienfaisante fait bouger la toile fine qui me sépare de la rue, sale et bruyante. Elle longe le mur froid qui me sert de cellule, contourne les livres posés à même le tapis tissé par une main berbère. Elle s’arrête, un moment, devant la poussière que le temps dépose doucement sur nos souvenirs. Silhouette diaphane qui traverse le parcourt du soleil. La chambre s’éclaire, le temps que durent les pas qu’elle dessine comme une chorégraphie involontaire. Mes paupières sursautent et, ébloui par une telle présence, je n’arrive à voir, que l’éclat de nacre velouté d’une jambe dessinée par un orfèvre. Je sens sa présence mais je ne peux, d’elle, rien voir. Aucun bruit, aucune parole, juste le son des cheveux qu’on relève, l’auriculaire relevé par sa noblesse, indique sa divine sensualité, dans une farandole de lumières, spectre éparpillé en mille et une étoiles. Elle est là, en contre jour, devant mon horizon réduit à une fenêtre. Entre la brume retenue par les voiles qui recouvrent son corps et le soleil insolent qui tentent de la traverser, mon regard dessinait ses contours, donnant le vertige à ce qui, en moi, est encore lucide.
Pendant quelques minutes, je me croyais dans un rêve mais quand la fenêtre s’ouvrit et que l’ombre s’éclipsa comme une fumée bleuâtre qui s’échappe. Je restai là, à penser. Quel était ce phénomène qui revient me voir, à chaque fois que les voix en moi se taisent à force de n’être plus entendues et écoutées.

Qu’importe !

Les fleurs balancent, les insectes volages vibrent et le ciel s’épaissit dans les dernières chaleurs de l’été. Tout semble beau et serein à l’œil qui sait voir et mon regard se promène sur le rayon qui réchauffe mon plant de basilic sur le balcon. Je coupe les feuilles mortes et débarrasse mon esprit de l’ennui qui me vient de l’ailleurs. je retrouve la paix quand mon âme devient égoïste au point de m’élever au dessus des ombres qui s’acharnent à troubler ma zénitude.
Qu’importe les pensées que j’éveille sur les langues qui ont appris à me parler, je n’ai besoin pour vivre que de ce que le destin me fabrique. L’exigence des autres à vouloir confirmer leur présence me laisse froid comme un iceberg dans l’océan glacé. Ma tête se nourrit des richesses que j’accumule sur les scènes des quotidiens incapables. je n’ai d’autres ressources que celles que la nature me prépare quand le sommeil terrasse ma lucidité et je m’endors, à l’abri des bruits indispensables aux autres pour survivre.
Quand le jour devient insupportable, je baisse les stores qui me protègent du dehors et je m’enfonce dans le calme que j’instaure sur les vestiges d’une existence que j’ai voulue délicieuse. Mes pensées, en file indienne, attendent que leur tour arrive et doucement, mon corps se détend comme une ombre légère sur les mouvements inutiles qui veulent séduire mon indifférence. Je n’ai plus le gout, ni la force, de faire l’effort indispensable et nettoyer la bêtise de sur les fronts qui se maquillent pour me plaire. La vie redevient visible entre les ambitions qui ne sont pas miennes et mon horizon s’éclaircit quand s’estompe l’exigence maladroite, illégitime et prétentieuse.
Qu’importe le mal que je peux faire en retournant dans mon terroir originel, je n’emporte, avec moi, que la récolte de mes lectures, les refrains des gammes que j’ai appris à pianoter sur des claviers imaginaires, les odeurs identifiées quand l’aromate se torture pour épicer mes repas et envahir mon palais déjà agressé par la tradition. Plus le soleil tourne dans l’azur qui me sert de ciel et plus je m’enfonce dans la certitude que je ne suis nécessaire aux autres que pour mieux les guider pour tromper ma confiance. Les promesses jetées, à ma face, comme des insultes à la morale, ne me sont plus d’aucun secours pour espérer qu’un jour, tout le monde aura compris que personne n’est indispensable et que l’on peut ré apprendre à vivre pour peu qu’on ne s’aliène pas aux mirages inventés par égoïsme.
Narcissique prestation est le spectacle qui se donne sous la lumière que dégage la confiance mais amère désillusion quand le rideau tombe sur les pieds d’argile qui s’acharnent à croire que l’éternel est possible. Je glousse en silence, en allant vers mon destin véritable et l’oubli se met à guérir les plaies d’une guerre sans cause. J’ai perdu beaucoup de temps à croire que les êtres sont malléables mais je gagne la force de retrouver mon âme intacte au milieu des coquelicots qui savent me raconter la nature. Mes yeux retrouvent leur lucidité et mes oreilles deviennent imperméables aux paroles innocentes en apparence.
Les gens qui me voient partir souffrent dans leur solitude mais se rassurent, ensemble, pour croire que la perte est insignifiante avec les convictions qu’ils adoptent pour se réchauffer. Orphelins destins qui se dessinent sur des horizons translucides ou réconfort incertain pour des têtes qui paniquent quand l’obscurité descend. Ignorance ou ingratitude, qu’importe ! Mon destin traîne derrière lui, la noblesse des intentions pour survivre, la beauté des inventions pour se plaire et la finesse des paroles pour séduire. Ni ange, ni démon mais simplement un être qui s’écoute pour diriger son regard vers la beauté cachée des êtres et des choses, une âme qui s’habitue à chanter les louanges à la création et qui a fait de lui ce qu’il est et non ce qu’il veut être !

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