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Paco De Lucia

Par sa virtuosité, sa sensibilité et son audace, le maître de la guitare espagnole Paco de Lucía a donné au flamenco un rayonnement planétaire. Tout au long de sa vie, cet autodidacte andalou a fait évoluer la guitare flamenca en la mêlant à divers univers musicaux tels que la musique espagnole classique, les musiques brésiliennes ou encore le jazz.

Paco De Lucia

Guitariste génial, compositeur révolutionnaire, Paco de Lucia est le musicien le plus important du flamenco contemporain. Sa rencontre avec le jazz a déterminé l’évolution de sa musique, et ses collaborations avec John McLaughlin et Chick Corea ont largement ouvert le dialogue entre jazz et flamenco ; événement important pour le jazz au crépuscule du siècle dernier. Né le 21 décembre 1947 à Algésiras (province de Cadix), Francisco Sánchez Gómez de son vrai nom, virtuose qui a su mélanger le flamenco sans le dénaturer, vivait à Palma de Majorque mais vagabondait de Tolède à Cuba.

Pour écouter « Al Moraima » de Paco de Lucia

 

VERS LA MUSIQUE ÉRUDITE

La famille de Paco de Lucía était pauvre. Il a grandi dans le triangle magique du Sud andalou. Il a appris la guitare avec son père, ses frères, qui jouaient pour les riches dans des fêtes, après avoir parfois attendu toute la nuit qu’ils manifestent leur bon vouloir. Il est le seul guitariste flamenco à avoir étendu son champ d’expérience, son succès, son public, sans y laisser son âme. Paco de Lucía était comme le vin de Sanlúcar et respirait le parfum du Guadalquivir. Chaque rythme était pris avec le même sens du frôlement, comme des vagues, comme des brises.
Rien n’est plus simple que de jouer virtuose et hystérique, Paco de Lucía était tout le contraire : la douceur des violences. Les caresses animées sur les cordes. Le jazz avait changé son regard, pas sa musique. Sa technique fascinante l’a fait intégrer le trio (guitares acoustiques) de John McLaughlin et Al Di Meola. Il a également rencontré Larry Coryell, Carlos Santana et Egberto Gismonti. Au début, leur aisance d’improvisation l’a effaré. Il a alors laissé parler son cœur, comme on le fait entre amis à Cadix, pendant une nuit flamenca, quand la fête est « formée ».
Paco de Lucía avait formé un couple extraordinaire avec le chanteur Camarón de la Isla, né dans la province de Cadix et qu’il avait rencontré à Madrid, en 1968, alors qu’il était artiste résident à la « Torres Bermejas Tablao ». Il y restera douze ans. Ensemble, ils enregistrent neuf disques, de 1969 à 1977, avant que Paco de Lucía cède sa place à l’un de ses étudiants, Tomatito.

Paco de Lucia commence sa carrière à l’âge de 14 ans, engagé comme guitariste pour la compagnie de danse José Greco. En tournée aux Etats-Unis, il croise Mario Escudero et Sabicas, deux guitaristes espagnols de renommée qui l’encouragent à mener une carrière de soliste. Il enregistre son premier disque en 1965 et donne un concert au Teatro Real de Madrid. En 1975, année charnière en Espagne qui revenait à la démocratie, Paco de Lucía connaît un grand succès commercial avec une rumba, Entre dos Aguas.
Il fonde un groupe avec ses frères, le chanteur Pepe de Lucía et le guitariste Ramón de Algeciras, et introduit des instruments et des rythmiques sud-américaines — avec un cajon péruvien. Deux albums confirment le succès et l’originalité du groupe : Solo quiero caminar (1981) et Live… One Summer Night (1984).
Parallèlement à son association avec Al Di Meola et John McLaughlin, Paco de Lucía mélange le flamenco avec la musique indienne, la salsa, la bossa-nova, la musique arabe. Il adapte ainsi plusieurs thèmes du compositeur espagnol Manuel de Falla et, quelques années plus tard, il enregistre l’œuvre majeure de Joaquín Rodrigo, le Concerto d’Aranjuez.
Il entraîne un genre populaire, le flamenco, vers la musique dite « érudite ». Doctor honoris causa de l’université de Cadix et du Berklee College of Music, il avait reçu en 2004 le prix Prince des Asturies des arts, l’une des plus hautes distinctions espagnoles. Paco de Lucía, soulignait la Fondation Prince des Asturies, « a dépassé les frontières et les styles, pour devenir un musicien de dimension universelle. A partir de la guitare flamenco, il a aussi exploré le répertoire classique espagnol, d’Isaac Albeniz à Manuel de Falla, l’émotion de la bossa-nova et du jazz ».

Véronique Mortaigne et Francis Marmande

Elle,

Ombre d’un jour qui passe sans douleur et sans surprise, elle ne marche pas, elle glisse comme une liane qui dans son mouvement crée des voluptés sensuelles. Les seules paroles que l’on peut avoir d’elle sont celles que son regard suggère. Je ne la vois pas, je l’imagine et déjà, en moi, quelques promesses de bonheur viennent égayer ma solitude volontaire. Je ne veux rien d’elle sauf, peut être, la chaleur que sa compagnie me procure. En m’écoutant parler, elle élève mon discours comme un serment d’église, le jour d’un mariage. Si elle est la fleur qui se joue de l’insecte frivole, je suis le parfum qu’elle exhale quand elle est piqué par le froid du matin, un jour de printemps. Je ne veux pas l’aimer, je veux juste sa compagnie dans mes rares moments de bonheur que grâce à elle j’ai appris à inventer pour le sourire d’une femme qui passe sans me voir. Elle me jette un mot, entre deux nuits froides et cela me laisse songeur quant à la réponse qu’elle mérite pour tant de grâce et tant de présence.
Veut-elle apprendre à m’aimer et songe-t-elle à m’appartenir le temps d’une confidence ou ne fait-elle rien d’autre qu’à me rappeler qu’elle est belle ? Je le disais au jardinier attentionné, les fleurs se fanent quand on ne les regarde plus ! Une rose seule donne plus de parfum qu’un massif de fleurs multicolores et c’est elle que l’on remarque quand elle se penche pour inviter l’abeille à venir dormir dans la chaleur d’un calice impatient.
Elle est belle et elle souffre à trop savoir que la beauté s’étiole par manque de regards. Elle sait, pourtant, qu’il ne tient qu’à elle, pour que le bonheur se dessine à travers des mots vierges fabriqués pour elle.
Rose d’entre les roses, ton chagrin est plus fort que la douleur de l’absence. Laisse la lumière du jour, comme une poudre légère, venir caresser ton épiderme que le froid de la solitude agresse et fais-toi belle car chaque instant où tu oublies de le faire, est perdu pour l’amour qui attend, à tes pieds, à genoux pour une longue sérénade !

Un autre monstre de la guitare

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