C'est libre que je suis meilleur

Regard / La mort d’un Eden / Kafkaïen / Nos illusions / En ouvrant les yeux…

J'ai toujours su que l'espace que j'avais en moi pouvait contenir des montagnes, des champs de fleurs et des rivières...

Monica Bellucci - Actrice

Kafkaïen

Je le regarde, recroquevillé sur lui-même. Il semble dormir mais ses yeux étaient ouverts. Aucune grimace de souffrance sur ce qui lui sert de visage et pourtant, il est loin, le cœur battant la chamade au rythme du bruit des pas qu’il reconnait entre mille. Quand je lui demande de me raconter son histoire, il hausse les épaules comme pour dire « à quoi bon ? ». Je lui ai toujours connu son obstination à user du principe de précaution car, disait-il, quand on aime, on évite à devoir dire qu’on est désolé. Éviter la blessure des maladresses ou la douleur de l’oubli quand on se doit de rester fidèle au souvenir. Il ne bouge pas et respire à peine. Je sais l’état dans lequel il se réfugie pour s’éviter l’envie de faire du mal en voulant se défendre.
L’amour qu’il respire est un air si pur qu’on ne le trouve que sur les cimes des montagnes majestueuses, il ne s’autorise ni écarts, ni paroles importunes. La médiocrité frelate et dénature ce gout agréable qui rappelle les mets délicats concoctés pour la table des empereur du soleil levant.
Il est comme un animal fébrile et craintif. la moindre égratignure donne à son épiderme, la structure d’un fruit qui agonise sur les feuilles mortes au pied de l’arbre. A le voir, figé dans une posture de cadavre embaumé, on penserait qu’il a cessé de vivre. Pourtant, au fond de ce qui lui reste comme envie, il y a cette minuscule flamme d’où se dégagent des volutes bleuâtres qui rappellent le parfum du pardon. Il est ainsi, l’amour. Cruel quand il est désappointé, il se ferme et s’autorise le repos dans un mutisme qui lui sert d’armure. Sous l’acier de la carapace, bouillonne des affects aptes à s’éclater pour illuminer le regard et faire briller la vie.

Nos illusions

Quand on reste, le souffle coupé devant une œuvre d’art, trois facteurs sont à la base de l’émerveillement. Il y a le modèle ou la scène, dans sa particularité, il y a le travail de l’artiste qui arrive à en sublimer la beauté et il y a l’artiste, avec son talent sa dextérité, son génie ou son élocution. L’œil et l’esprit vont de l’un à l’autre pour en absorber la quintessence. On s’imagine, être le modèle dont on s’est servi pour en étaler les ombres et les couleurs avec une telle sublimité que la grâce que l’œuvre dégage semble nous appartenir, l’œuvre qui ferait de nous, un être particulièrement doué que l’on en rêverait pour être adulé, reconnu dans la rue ou simplement apprécié un peu plus que les autres ou, enfin, l’artiste qui sait voir et qui se distinguerait par ce talent que l’on rêve d’avoir.
En réalité, on reste, simplement, un spectateur qui, plongé dans une épaisse virtualité, rêve d’être cet autre qu’i s’acharne à vouloir être !
Pure illusion qui fait vivre certains entre le rêve de grandeur auquel, volontairement ou pas, on aspire. On vit de bribes de reconnaissance pour un texte bien écrit, une image à peine réussie ou un tableau esquissé, les dimanches d’oisiveté quand on n’a trouvé rien à faire.
La frontière qui sépare l’humilité de l’arrogance est plus fine qu’un cheveu que certains enjambent dès lors que, en ouvrant leur « page » sur le réseau bleu, ils découvrent que l’on s’intéresse à eux.
Ils ont ce droit, qu’au fond d’eux mêmes, de se croire supérieurs aux autres, meilleurs ou particuliers. C’est même normal quand on est habité par cette volonté de se découvrir mais cela devient agaçant quant ils débordent et s’étalent sur l’asphalte avec leur mensonge qu’ils essaient de ne pas voir.
Certes, ils arrivent à tromper une minorité qui vient comme on entre dans un jardin. Qu’importe « l’œuvre » quand l’œil n’a besoin que de changer de fenêtre pour se reposer du triste spectacle de sa vie privée. Un caillou ou une fleur suffira pour laver le regard des inepties qui jonchent le quotidien. Cette illusion dans laquelle on se réfugie s’alimente de l’indigence des activités qui, ailleurs, transforment la rue en spectacle, un port avec ses régates en théâtre ou un piano dans une gare en opéra imaginaire le temps d’une improvisation spontanée et juste.
La gloire n’est pas d’être reconnu par les gens que l’on rencontre mais par le plaisir que l’on met à vouloir les comprendre tant pour mieux s’aimer tel qu’on est que pour apprendre à les aimer.
Depuis quelques jours, des lectures intéressantes m’ont appris que nos actes, s’ils semblent motivés par des désirs et des pulsions incontrôlables, sont, en fait, dirigés par des centres nerveux qui, de notre naissance à l’âge adulte se développent ou pas, en fonction de la qualité de l’apport que ceux dont nous dépendions nous ont prodigué. De cause à effet, des quantités variables de sécrétions neurochimiques peuvent nous pourvoir en empathie selon que nous avons grandi en milieu favorable ou dans une ambiance brutale ou oppressive. En somme, nous somme ce qu’on a fait de nous, du berceau à l’âge adulte, en passant par la famille, la rue ou l’école.
A chaque fois que l’on rencontre quelqu’un, il faudra, pour lui offrir toute l’empathie dont on est capable, observer derrière lui, pour distinguer ce qui a handicapé ou favorisé, sa science à être meilleur ou pitoyable. « Ne jamais juger les autres pour ne pas être jugé » est la plus saine des postures !
Quelle plume ! Chapeau Maître.
Merci pour ces belles publications.
Je ne peux qu’apprécier votre verbe et la lucidité qu’il transcende à merveille.
Quand écrire est un art on ne peut que dire merci.

En ouvrant les yeux…

Il y a des âmes qui vivent dans les brumes d’un rêve qu’elles seules entrevoient. L’une est princesse imaginaire, l’autre, super intelligente et toutes ont cette certitude qu’elles sont nées particulières. La douleur du choc est immense quand le vide s’installe autour d’elles. De la colère au désespoir, leur quotidien zigzague entre la névrose et la depression. Il suffit pourtant, d’un printemps pour faire éclore dans le regard toutes les fleurs des jardins. Le paradis comme l’enfer sont des images que l’on projette sur la face interne des paupières selon l’humeur ou l’entourage. C’est du cœur que s’élèvent les paroles claires qui font frémir les ambiances quand on se rend compte que tous les corps souffrent, de la même manière, des morsures de la faim ou du froid.
On ne reçoit que ce que nous avons suscité en offrant aux autres sans rien attendre en retour. Certains s’impatientent ne voyant rien venir et pourtant, tout est écrit dans l’intention qui calcule, dans le temps, le prix du geste qu’on dit gratuit. Il faudra donner sans regarder pour mieux recevoir. Le fruit éclate quand le soleil lui procure ce qui manque en lumière à la foret qui s’impatiente.
Elle pleure, en silence, l’impression du vide qui remplace les bruits de son quotidien. Elle s’obstine à vouloir croire que parce qu’elle est meilleure, les autres n’ont pas su la voir. Malheureuse illusion quand on s’accuse de n’être pas comprise. Chaque fleur a le parfum qui s’ajoute à ses couleurs et comme elles sont toutes belles mais différentes, elles ne savent jamais souffrir.
« Sois ce que tu es en rêvant d’être ce que tu veux car chacun a ce droit de se croire supérieur aux autres quand, dans son cœur, il a tant de choses à donner ». C’est la générosité qui fait grandir le bien qui nous permet d’être meilleur.

La mort d’un Eden

J’ai toujours su que l’espace
que j’avais en moi pouvait
contenir des montagnes,
des champs de fleurs et des rivières…
Je ne peux pas dire comment
ni expliquer pourquoi mais…
je savais qu’on pouvait y habiter,
construire des rêves et des amitiés.
Il y avait des orchidées majestueuses,
des massifs de roses à perte de vue,
de toutes les couleurs, des oiseaux,
des papillons et même des bestioles
qui servaient à polliniser les arbres,
cerisiers fleurissant en mai ou platanes
se déshabillant en automne pour
changer le ton et l’odeur de l’atmosphère.
Il y avait, toujours, pour moi, un coin,
à l’ombre des regards, que je tenais
propre et intacte sous les fougères,
derrière les acacias qui, avec des épines
en défendaient l’accès et en interdisait
à quiconque même de s’en approcher.
C’était mon jardin secret, mon refuge
le havre qui procurait à mon esprit
le repos indispensable à la paix
d’une âme qui se suffisait d’elle même.
En succombant à l’algèbre de l’amour,
j’y ai fais entrer l’unique être que
je pensais digne de ma confiance
pensant que la beauté du lieu
ne pouvait convenir qu’au charme
de la seule présence qui savait danser
sans écorcher l’herbe sous ses pieds,
ou déranger le diamant mandarin
qui chaque matin me réveillait
en chantant pour moi l’air qui,
du fond de son nid, éloignait, de moi,
l’ennui, la tristesse ou la mélancolie.
Avais-je eu tort ou est-ce le sort
que mon destin ne pouvait s’éviter ?
Qu’importe ! toujours est-il que,
le temps d’une étreinte que, j’avoue,
a été profonde et voluptueuse,
je me retrouvais, quelque années,
plus tard, à pleurer les silences
qui préparaient mes poèmes,
la paix qui nourrissait mon âme
le confort qui donnait à mon corps
cette souplesse qui en faisait une arme
quand je sortais affronter la médiocrité.
A cause d’un sourire enjôleur, j’ai laissé
des pas maladroits envahir mon Eden,
des baves aux commissures écorcher
le tronc de chênes qui protégeaient
mes solitudes et mes escapades,
mes voyages imaginaires et mes rêves…
En dépotoir, sale et lugubre, repoussant
était devenu mon asile de seigneur,
mon royaume minuscule mais beau,
jusqu’aux oiseaux qui, habitués
à la délicatesse de mes mots,
sans un dernier regard, apeurés,
s’étaient volatilisés pour ne plus revenir.
Au lieu des feuilles mortes qui, sur
le plan du ruisseau me dessinaient
le changement imperceptible des saisons,
aujourd’hui, je ramasse à la pelle,
les restes du vulgaire et les crachats
des bavardages inutiles. Des odeurs
inconnues, des mots de blessures
qui suintent le venin déposé ou
des bribes de mensonges en collier
trônant sur la cheminée comme
le trophée de ma propre inconscience.
Épines brisées des acacias sentinelles,
orchidées mortes réduites à des hampes
comme des fantômes à la fenêtre.
L’amour avait-il tué mon ambiance
pour se glorifier de sa victoire probable
ou est-ce moi, l’incapable qui n’a pas su
voir entrer la bêtise que je savais pourtant
sentir avant même qu’elle ne se manifeste ?
Toujours est-il que j’ai sacrifié le plus cher
pour ce que je pensais être plus beau
et ce qui reste à ma vie avant le trépas
ne suffira même pas à réparer l’erreur
que j’ai commise pour un baiser volé.
Faut-il croire au verbe aimer sans peur
de le voir détruire, en moi, le meilleur
de ce que j’ai, pourtant à lui offrir ?
Faut-il mettre une croix sur le bonheur
que je devine, depuis toujours, caché
derrière la lumière d’un regard qui,
quand la paupière se ferme, a déjà
en moi, pris le génie et le talent ?
Au loin, un rossignol, dont le chant,
douce musique à mon oreille, vient
me rappeler mon suicide inutile
et la fin de toutes mes illusions !
Magnifique , comme toujours cher ami
Belle plume, je suis ou a vrai dire ton poème m a secouer merci , mille fois merci pour tous tes écrits
Vraiment très beau. Merci
Juste sublime! Merci
Je l’ai trouvé magnifique. Je m’y retrouve et il m’a bien secouée
Il ne faut jamais cessé de croire au verbe aimer.
Merci
La mort d’un Eden donne la vie à un autre. Le chant du rossignol en éveille déjà la douce mélodie.
Quel beau texte ! Ça sollicite notre âme d’une manière délicieuse.
Magnifique comme d’habitude Si Nourr Edine
Magnifique, merci.
« Les oiseaux apeurés se sont volatilisés à jamais », mais le rossignol est resté, même à une certaine distance, présent et faisant parvenir jusqu’à ton oreille son « chant-douce musique ».
Très beau! Bellement et poétiquement détaillé avec précision et très accrochant. J’aime beaucoup et te remercie pour partager ce qui en toi vibre..
Excellent!!! Merci pour le partage
Ce beau jardín est toujours intacte en toi ! Aucun doute !

Regard

Pendant longtemps, depuis le premier jour
J’ai toujours cru que c’était le vertige
d’une hanche hospitalière ou la démarche
qui, insolente, torturait le trottoir et
suspendait les lectures devant la tasse
qui égrenait, imperturbable, le temps.
Mais toute la magie était dans son regard.
Grâce à lui, j’ai appris à regarder les fleurs,
A devenir, sans rien tenter, meilleur !
Quand il ne me perturbe pas, il me fige
comme un enfant qui ignore ce qui lui arrive,
comme devant une cascade majestueuse
qui surgit au coin d’un sentier misérable.
Quand je ferme les yeux, deux étoiles
restent brillantes sur l’écran des paupières
comme deux lunes dans un ciel obscur.
C’est pour le boire jusqu’à satiété que
j’ouvre les yeux, le matin, heureux
d’avoir pour moi l’univers qu’il est capable
de me dessiner en un clin d’œil !
Est-ce pour lui que mon âme a grandi
pour être à la hauteur de sa lumière ?
Est-ce lui qui m’a appris à ne plus voir
autour du beau, le laid ou le médiocre ?
Toujours est-il que son indicible mystère
est, aujourd’hui, la source qui inspire
à mon indigence tant de grandeur
que je m’étonne quand je me surprend
à utiliser sa lumière pour colorer
l’insignifiance des quotidiens et,
chaque fois quand il est absent,
il reste en moi, un peu d’elle, parfois
mais beaucoup de sa brûlure, au fond,
de mes pupilles qui ont changé de couleur.
Que serai-je sans lui ou mieux, serais-je
si je ne l’avais jamais rencontré ?

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