C'est libre que je suis meilleur

A comme amour / Rire ou pleurer / Avec des mots

Aimer quelqu'un, c'est lui donner le pouvoir de nous détruire et penser qu'il n'en fera rien !

A Comme amour

Comme un œuf de caille
qui dort dans son nid de brindilles,
comme une goutte de rosée fragile
qui tremble sur le flanc d’une feuille,
comme le rayon timide de soleil
qui s’acharne à traverser le feuillage,
comme un serrement de main
que l’on voudrait, longtemps, retenir,
comme le bruissement des pas
qui traversent la nuit avec la peur
de devenir coupables d’aimer,
comme un baiser qui frémit
dans la joie de la première fois,
Comme la fine douleur qui s’éveille
quand l’autre est dans l’absence
comme une lettre écrite et perdue
qui ne viendra jamais à destination,
comme ce sourire rare qui fleurit
dans la rencontre imprévue,
comme une plainte douce et longue
qui traverse le corps pour réveiller
l’envie d’être ensemble pour la nuit,
un regard perdu dans la chaleur du soir
un soupire qui fait jaillir la douleur
du remord longtemps retenu,
une sensation de bien être étrange,
dans le silence des paroles enterrées
ou le murmure inaudible aux autres
quand l’oreille attentive reconnait
le rythme de sa respiration, de son cœur.

Est-cela l’Amour quand son « A »
n’accepte d’être que majuscule ?


Rire ou pleurer

Je pleure et je ris
je pleure le corps rachitique
de l’Art devenu commerce stérile
je pleure les femmes interdites de respirer
et les fillettes obligées d’apprendre
avant même de comprendre ce qu’elles disent.
Je pleure les égoïsmes qui assassinent
la volonté de s’ouvrir à l’air qui vient d’ailleurs
Je ris, parfois, au sourire de l’enfant
qui osent dire ce que la vérité pure
lui murmure à l’abri des convenances.
Je ris aussi quand des mains adolescentes
essaient d’apprendre à conjuguer
le verbe aimer au naturel, en plein jour.
Je ris au discours, cent fois, répété
et que les gens n’écoutent même plus.
Je pleure de voir Dieu devenir objet
objet vendu aux enchères du mensonge.
Je pleure d’apprendre que le ciel
est un grand cahier où on note les péchés
quand on sait, aujourd’hui, que le soleil
Photo Internetest un grain de poussière dans l’univers.
Je pleure en regardant le fier barbu
parler comme un médecin qui n’a jamais
usé ses nuits sur les bancs de la faculté.
Je pleure de voir la rue s’envahir
avec des uniformes importés de Kaboul
Mais je ris, parfois, à l’anecdote profonde
du jardinier qui sait parler aux fleurs
Je ris quand le rue devient le théâtre
où se casse le grain sur le dos d’un ministre.
Je ris quand la vieille dame se révolte:
on lui demande si une femme peut devenir adoul
et elle de dire que le adoul qui dirige la séance
C’est grâce à une femme qu’il est là où il est !
Je ris aux éclats quand je regarde le vieux sénile
baver sur les rondeurs de l’adolescente
achetée au prix d’une lessive à son père
« c’est une avance que Dieu lui fait
sur les vierges qui l’attendent au paradis ».
je pleure et je ris devant la religion
transformée en licence de taxi
qui rapporte sans fournir d’effort
à celui qui ose prendre Dieu pour un moulin
qui fournit la meule, l’eau et le grain.


Avec des mots

Dessin de Antoniucci Volti

Dans le calme plat d’une tête qui a appris à se retirer pour être, dans ce fleuve de pensées qui, sans cesse, charrie nos rêves, nos espoirs et nos échecs, dans les silences qui luttent contre les bruits agressifs d’un voisinage maladroit, dans la lumière tamisée par les premiers nuages de l’hiver… Le froid des images qui tremblent, entre les cils, à peine mouillés par les larmes qui lavent le regard, vient bercer ma solitude et réveille ma nostalgie des rêves d’Éros en mal de compagne. Celle-la même dont on esquisse les formes quand l’ennui nous éloigne de la vie quotidienne. La pointe fine du crayon effleure ses rondeurs avec délectation et mon âme se grise d’aise quand mes doigts s’imaginent toucher l’épiderme hérissé par le désir.
L’image s’invente en s’inspirant des besoins que l’être revendique chaque jour et chaque soir. Entre la tête qui s’impatiente et ce qui reste vierge sur la page qui recueille ma nostalgie, la silhouette, tour à tour, fine et gracieuse ou ronde et appétissante, s’esquisse en mouvements étudiés pour provoquer le verbe et le compliment ou, s’installe immobile dans sa superbe insouciance, toute en courbes et volumes. Il me suffira, alors, de tendre la main pour défier le galbe du genou impatient qui défend le mollet endormi ou tenter le diable en m’approchant, doucement, de la vallée qui sépare les seins devenus lourds par manque ou par trop de caresses du reste de l’univers.

Inconnu

Le crayon s’immobilise devant la feuille qui frétille quand le vertige des hanches apparaît comme une tentation indispensable et pour ne pas faire semblant d’hésiter, la main revient pour corriger le sourire ou éclairer le regard comme une lanterne de mineur qui craint le grisou, meurtrier impitoyable quand les yeux fixent le coupable. Coupable de désir, nourriture indispensable au cerveau primitif et rebelle.
Dans le dessin nostalgique de ce rêve que je fabrique avec des traits de crayon gras, j’hésite entre avantager l’épaule qui attend d’être prise ou le nombril qui dort au centre d’un ventre auquel j’évite la faim et la soif. Je le veux parfait, ce corps que j’invente avec des parcelles de femmes rencontrées, désirées et perdues. Je le veux vierge des regards qui laissent sur les rondeurs sublimes, la trace des désirs improbables.
Comme un fauve que j’essaie de dresser à ma guise, si j’arrive à rendre grasse la cuisse qu’elle s’invente, la fraîcheur des lèvres me suggère la finesse des filles frêles et fines des magazines qui s’éparpillent sur les tables des médecins qui se cachent pour guérir.
Je gomme et recommence mais en vain, la nostalgie des rêves indécis se joue des images qui peuplent mes envies. Enfin, fatigué par l’impossible croyance que je m’obstine à entretenir, le crayon devient inutile, la page impossible à remplir avec ce qui reste des rêves perdus. Je redeviens commun comme toutes les ombres que j’ai laissées partir par manque de courage ou par manque de liberté !


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